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    Zuckerberg, autiste ou génie ?

     

     

     

    Mark Zuckerberg est un étudiant à Harvard qui est un génie de l’informatique –un vrai geek- mais qui excelle beaucoup moins dans les relations sociales : sa pensée est impossible à suivre pour sa petite amie qui le quitte car elle n’en peut plus de lui. Zuckerberg apparaît donc par moments comme un autiste : il comprend plus vite que les autres, ses phrases s’enchaînent sans cohérence et la difficulté pour le spectateur à suivre (cf première scène qui reprend Reservoir dogs en beaucoup plus rapide) est voulue pour que Zuckerberg fascine/ou énerve. Il y a un parallèle constant entre les étudiants d’Harvard qui ont des relations réelles, sortent, tandis que Zuckerberg reste cloîtré pour penser une nouvelle forme de relation, plus adaptée à ceux qui sont moins à l’aise et qui n’ont pas accès aux clubs sélects. C’est un personnage très vif d’esprit, à la limite de l’autisme : il ne fait pas attention à ce que sa petite amie lui dit –ni à ce que les avocats lui disent-, et dirige la conversation puisqu’il impose son rythme -très élevé- la relation amoureuse est tendue. Contre toute attente, alors qu’on pensait que Zuckerberg allait l’emporter sur elle, sa petite amie le quitte abruptement. Les relations entre personnes comportent quelque chose de spontané, d’imprévisible. Zuckerberg va se remémorer ce moment douloureux pour donner à son projet cette spontanéité dans la relation avec l’autre. Il en tire la leçon suivante, de ne plus se laisser surprendre, ce qui le mène à soumettre ces relations à la rationalité : Zuckerberg simplifie –ou croit simplifier- la relation sur Facebook  en dressant un portrait exhaustif des personnes –leurs goûts, photos- en archivant leur visite sur Internet. Zuckerberg est un génie des relations sociales, car il comprend parfaitement la complexité des relations  sans pouvoir la mettre en pratique lui-même.

     

    En effet si le créateur de Facebook au mal avec les relations, il n’en reste pas moins la personne qui a su révolutionner les relations sociales entre les étudiants d’Harvard (ce qui ne manque pas d'ironie, il faut avouer) cette institution vieille de 300 ans. Zuckerberg révolutionne la vieille institution qu’est Harvard, il pense plus loin qu’Harvard : de fait son appartenance à l’école n’est que très réduite puisqu’il vit uniquement pour son projet. On voit d’ailleurs qu’il ne partage pas le code de l’honneur, du « gentleman » qu’ont les frères Wincklevoss : il n’hésite pas à voler leur idée et il se considère l’inventeur de Facebook à partir du moment où il développe le site. Zuckerberg ne semble pas considérer qu’il a des amis –paradoxal pour le créateur du plus grand réseau social- puisqu’il trahi son ami Eduardo en le dépossédant de ses actions qu’il donne à Sean Parker, un entrepreneur génial qui fascine Mark. Facebook précarise les relations entre les individus, qui deviennent de plus en plus superficielles.

     

    Pourtant à la fin du film, Zuckerberg paie ce qu’il doit aux Wincklevos et à Eduardo, il semble regretter d’avoir laissé son ami pour Sean, sur lequel il a du mal à compter. On ne sait pas s’il tient aux autres ou s’il ne leur accorde pas d’attention : sa phrase à la fin « i don’t hate anybody » laisse planer le doute…

     

     

     

    Facebook, une solution à l'isolement?

     

     

     

    Facebook est une révolution dans le domaine des relations sociales : son succès révolutionne Harvard puisqu’il lui est destiné au départ, il est vu comme une copie des « final clubs » sur le web. Le site connaît tant de succès qu’il s’étend dans les universités du monde entier, puis aux individus. Les fondations de Facebook sont donc bien les relations sociales –tendues- : Zuckerberg se venge de sa petite amie en créant Facemash : il prend sa revanche sur les femmes en les soumettant au jugement public de tout le campus. Tout est question de match, de rivalité dans le film : c’est cette rivalité qui est aux origines de facebook. Elle se retrouve entre Zuckerberg/Parker/Eduardo et les frères Wincklevoss qui sont des gentlemen, et qui incarnent une noblesse déchue de la Nouvelle-Angleterre. Peu à peu, on assiste à la descente aux enfers des Wincklevoss qui voient leur requête auprès du directeur rejetée, qui perdent une course d’aviron symbolisant la défaite de la tradition qui laisse place à la modernité.

     

    Zuckerberg comme Sean Parker représentent un nouveau souffle pour la société : tous deux incarnent cette jeunesse ambitieuse qui se révolte contre l’oligarchie au pouvoir dans les entp, ils cassent les codes de l’entreprise. Ils voient en Internet l’opportunité de prendre leur revanche sur la vie –Parker impopulaire au lycée, Zuckerberg quitté par sa petite amie-, ils voient la possibilité d’un accomplissement en créant leur site. Il y a une volonté de puissance dans Facebook, Zuckerberg joue à Dieu car il est à la tête d’une société qui met en relation les individus, il devient capable de maîtriser les relations humaines entre individus –qui par essence sont immaîtrisables.

     

    Facebook est donc une prison dorée pour des personnes qui sont de plus en plus tracées, chacun de leur geste sur le site donne lieu à une archive. Eduardo et Parker en font les frais, lorsqu’ils se retrouvent respectivement dans le journal et en prison pour avoir commis des impairs –justifiés ou non-. On remarque d’ailleurs que seul Zuckerberg reste à l’abri des problèmes causés par le site, encore une fois il semble au-dessus des autres, il se distingue parce qu’il est hors du commun.

     

     

    The social network est donc l’histoire de la construction de Facebook mais aussi de son inventeur en parallèle, qui va mûrir en faisant grandir son propre projet. Ce qui ne manque pas d'ironie, c'est que c'est la personne qui a le plus de mal à construire des relations avec les autres qui crée le plus grand réseaux d'amis au monde! Comme s'il fallait être extérieur aux autres, ne pas avoir d'amis, pour réussir à entrer en relation avec les autres...
    Facebook va être un moyen pour lui de combler ce manque affectif qui le ronge tant : à la fin du film on le voit aller sur le profil de son ancienne petite amie, afin d’essayer de l’ajouter. Pourtant, si Zuckerberg parvient avec Facebook à figer son profil pour contempler cet amour perdu –ce qui lui serait impossible dans la réalité-, il n’est pas sûr que son ancienne petite amie l’accepte. Mark Zuckerberg, aussi génial soit-il, est donc incapable de combler le manque d’un être cher avec son site, et ne peut par la même occasion être heureux. Facebook est donc l’histoire d’un isolement face auquel même la technologie la plus révolutionnaire ne peut rien faire...