A moving perspective

20 mars 2013

Taxi Driver

 

taxi driver

J’ai longtemps hésité avant de proposer cette critique, parce que Taxi Driver n’est pas un film comme les autres… Il a été vu et revu, critiqué des centaines de fois (sans doute parce qu’il a eu la Palme d’or de 1976, ça aide), qu’il a lancé la carrière d’un inconnu qui est aujourd’hui une (et la mienne en particulier !) référence en matière de cinéma.


(ci-joint, Travis Bickle avant sa tentative d'assassinat sur Charles Palantine, arborant un badge "We are the people" et riant en même temps: une vision ironique d'une société soit-disant unie...)

 

Qu’est-ce qu’une critique d’un étudiant de prépa cinéphile –donc amateur-  peut donc bien vous apporter ?
Précisément, je pense qu’avec toutes les critiques de Taxi Driver qu’on a lues, on en oublie presque la simplicité, la spontanéité de ce film. Enfin, à travers cette critique j’espère –comme d’habitude- vous proposer un regard personnel et en lien avec l’actualité, aspect que les critiques de cinéma ne proposent pas toujours !

 

Résumé

Travis Bickle, un jeune homme récemment démobilisé des marines, est chauffeur de taxi de nuit à New-York, qui développe une haine vis-à-vis de la société dans laquelle il vit sans doute à cause de l’incompréhension des autres. Il commence à faire la cour à Betsy, l’assistante du sénateur Charles Palantine, candidat aux présidentielles, mais elle le repousse après qu'il l'a emmenée voir un film pornographique. Confronté à la violence et à la perversion de la nuit new-yorkaise, il devient fou et commence à s’entraîner au maniement des armes

Critique

Taxi Driver est avant tout l’histoire d’un homme en perte totale de repères, qui est en marge de la société dans laquelle il est « réintégré » de force. Tout ce qu’il a vécu auparavant au Vietnam n’a plus lieu d’être : la règle du jeu (sans vouloir faire de publicité pour mon site) a changé. Alors que la violence pouvait être valorisée durant la période de guerre, la société newyorkaise qu’il rejoint rejette cette violence : Travis a donc un rapport déviant à la société (il fréquente des cinémas pornographiques, manie les armes…).
C’est pourquoi il tente de se construire une carapace, un abri intime dans lequel il peut être lui-même : sa voiture de taxi. En effet, il n’y a que dans cet espace personnel qu’il se confie (au sénateur Palantine ou à l’homme qui jure qu’il va tromper tuer l’amant de sa femme) et qu’il se sent à l’aise, ce qui n’est pas sans rappeler Drive, le film de Nicolas Winding Refn où la voiture est aussi le seul lieu d’existence et moyen d’expression du héros.

 

La force du film réside aussi dans l’ambiguité avec laquelle Scorcese : est-ce Travis qui est en manque de repères ou est-ce la société, ou les deux à la fois ? Qui de la société ou de Travis a raison ?
Le dialogue avec Charles Palantine est particulièrement intéressant : il fait à Travis la confidence qu’il est difficile –même pour lui, un homme de pouvoir- de changer une société qui est en pleine déliquescence. Scorcese montre, à travers le regard de Travis Bickle, qu’il est impossible de compter sur les dirigeants politiques, et que seul nous pouvons faire changer les choses. Et cette affirmation son individualité lui permet de se relever et de se construire, puisqu’il a un but, une mission qui est de débarrasser « la société de la vermine et la racaille ». En accomplissant sa « mission », Travis peut aussi espérer un pardon pour toutes les actes criminels qu’il a commis au Vietnam : le thème de la rédemption est omniprésent chez Scorcese, aussi bien dans Les Affranchis que dans Shutter Island où l’on voit un personnage qui a tué sa femme involontairement, et sa schizophrénie est un moyen -évidemment involontaire- d’oublier cet acte qui ne peut être pardonné. Outre l’aspect psychologique, on peut y avoir une pensée d’avant-garde très lucide sur la société américaine, qui insiste beaucoup plus sur l’individu et son libre-arbitre plutôt que sur la société dans son ensemble. Le cas récent de Bradley Manning ainsi que d’Edward Snowdey qui ont divulgué des informations compromettantes pour le gouvernement américain simplement parce que leur jugement leur imposait d’agir de la sorte relève aussi de cela : et dans Taxi Driver comme dans ces affaires, le gouvernement fédéral comme la société dans sa dimension globalisante sont davantage des contraintes que des soutiens pour l’individu.

 

Enfin, si Taxi Driver a été à l’origine de tant de critiques et en a inspiré plus d’un c’est bien parce qu’il signe le début d’un nouveau cinéma hollywoodien, dans lequel la structure de l’intrigue est décousue. Alors que les westerns (de John Ford notamment) répondaient au schéma classique de l’introduction-problème-péripéties-dénouement, ici l’intrigue est décousue. Les conséquences sont de taille : dans les westerns classiques la violence est un moyen de résoudre le problème, alors que dans Taxi Driver la violence subsiste mais il n’y a plus de problème ! La violence est donc gratuite : alors que dans Drive, la violence sert à faire justice, dans Taxi Driver, la violence est inutile puisqu’après avoir déchargé ses pulsions en tuant le maquereau d’Iris, Travis ne connaît la gloire qu’un instant et ne semble pas satisfait de son acte. Cette violence contenue dans le refoulement de la pulsion sexuelle que Betsy refuse de satisfaire essaye à tout prix de se déployer –dans l’envie d’assassiner Charles Palantine notamment- .Scorcese mène donc un paradoxe très intéressant : la violence de Travis est-elle juste ou est-elle uniquement la satisfaction d’une pulsion refoulée ? Inutile de dire que lorsqu’on voit les tragédies comme celle de Newtown, voir Taxi Driver propose un éclairage vraiment intéressant…

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09 janvier 2013

La règle du jeu

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François Truffaut déclarait que ce film était « le credo des cinéphiles », et pourtant il n’est pas toujours évident de regarder un film de 1939 aujourd’hui ! Mais j’ai vite révisé mon jugement lorsque j’ai été surpris par ce film qui est plus d’actualité qu’on pourrait penser… J’espère vous donner envie de le découvrir aussi !

Résumé

André Jurieux, un aviateur adulé du public, est convié chez le marquis de la Chesnaye qui organise une chasse et un dîner avec d’autres convives. Seulement on découvre que la seule raison pour laquelle Jurieux traverse l’Atlantique est qu’il veut récupérer Christine, la marquise de la Chesnaye. Aidé par son ami Octave qui l’invite dans le château de la Chesnaye afin de lui remonter le moral pour qu’il soit près d’elle, Jurieux rencontre des personnes toutes plus différentes les unes que les autres, réunies dans ce château pour un week-end qui se révèle mouvementé.

La phrase de Truffaut est étrange, parce qu’en voyant ce film, j’ai eu l’impression d’assister à une pièce de théâtre de bout en bout, aussi bien concernant les décors que les registres utilisés dans ce film.

Film ou pièce de théâtre ?

Les références au théâtre sont nombreuses dans ce film, qui semble répondre à la logique des 3 unités.  En effet, il y a deux étages où se jouent deux comédies ; au premier étage les nobles, au sous-sol les valets qui jouent leur comédie, jusqu’à ce que les deux comédies se croisent au même étage. Il y a confrontation entre les deux genres, on passe très vite du genre du vaudeville à une tragédie.

On retrouve un quiproquo, procédé récurrent du théâtre : André Jurieux est un héros qui accomplit des exploits pour une femme qui ne vient pas à son arrivée, il est tué à la fin par Schumacher qui le suspecte d’avoir une liaison avec sa femme alors  qu’il s’agit de Christine. Le film commence et finit sur un quiproquo.

La référence au théâtre est prolongée par une mise en abyme : les nobles jouent une comédie où l’on se déguise, et en réalité ils se parodient eux-mêmes en se déguisant. On est donc en présence d’une micro-société décadente qui n’a plus que le divertissement -en l’occurrence le théâtre et la chasse- pour être heureuse. Le problème étant qu’en se réfugiant derrière ces rôles (aussi bien à la chasse qu’au théâtre) les convives se réduisent à leur apparence et non à ce qu’ils sont vraiment. Le cinéma, en nous donnant un regard extérieur à cette scène, nous rappelle que tout ceci n’est qu’un divertissement, que tout ceci n’est qu’illusion. Le cinéma de Renoir est donc tout sauf une pièce de théâtre en réalité, puisqu’il ne cherche pas à plaire par l’artifice mais en montrant la réalité de façon parfois douloureuse (comme lors de l’assassinat de Jurieux, mort symbolique du héros et donc d’une société qui s’autodétruit –Schumacher tue Jurieux sur un malentendu).

 

La vision d’une société qui dépérit

Renoir nous livre donc une vision pessimiste de la société qui se ment à elle-même, se cache de la réalité : il y a une claire contradiction entre la forêt, le lieu de liberté, et la chasse qui obéit à une mécanique sociale. Les dialogues sont creux, aucune parole n’est véritable : la chasse est un rituel échangeable c’est un ballet où chaque personnage a un endroit qui lui est assigné. Les dialogues entre chasseurs sont l’objet de discussion autour d’un faisan, les deux personnages échangent des commodités : la société est comme un jeu qui obéit à des règles, et le mensonge, l’apparence sont autant de règles qui doivent être respectées.

Les personnages sont corrompus jusque dans leur intimité : les scènes d’amour laissent penser que les personnages se mentent à eux-mêmes. La notion même d’amour semble inexistante, et la société toute entière est à l’image de la machine qui fascine les convives qui représente un lupanar. La mort de Jurieux, le véritable héros qui agit par amour, par conviction, mais qui devient la proie de la règle du jeu, signe ainsi la mort de l’amour dans une société décadente.

Un dernier aspect intéressant du film est la violence qui est omniprésente, mais socialement acceptable car elle répond à des codes de la société. La scène de chasse se transforme en un massacre inouï, la chasse devient un rituel de mort. Renoir dénonce la violence d’une société en apparence polissée : la multiplication des plans intensifie le dégoût du spectateur, et cette analyse d’avant-garde sera reprise dans plusieurs films, notamment Taxi Driver où Travis Bickle devient un héros après avoir tué des maquereaux, autrement dit des personnes « socialement inacceptables », ou dans Drive plus récemment… C’est aussi ce pourquoi ce film est d’actualité : il montre la violence non pas comme un comportement déviant, mais paradoxalement comme un comportement toléré – voire encouragé- par la société ! Et c’est sans doute cette prise de conscience, que la violence est « socialement acceptable », qui conduit à une perte de repères totale : si la violence est acceptable alors aucuns des principes que met en avant la société n’ont de la valeur… Renoir ouvre donc la voie à une réflexion qui marquera le cinéma d’Hollywood des années 70 : on comprend mieux la phrase de Truffaut maintenant !

En nous montrant grâce au cinéma une société en perte de repères qui tolère la violence, ce film de Renoir agit comme un miroir qui –normalement- fait réfléchir sur la société dans laquelle nous vivons. Et je pense qu’une des forces du film, et ce pourquoi il est d’actualité, est de poser la question suivante : est-on encore en mesure de décider de la société que nous voulons, ou subissons-nous les règles du jeu qui nous échappe sans en avoir les cartes en main ?

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13 août 2012

The social network: amitié et isolement

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    Zuckerberg, autiste ou génie ?

     

     

     

    Mark Zuckerberg est un étudiant à Harvard qui est un génie de l’informatique –un vrai geek- mais qui excelle beaucoup moins dans les relations sociales : sa pensée est impossible à suivre pour sa petite amie qui le quitte car elle n’en peut plus de lui. Zuckerberg apparaît donc par moments comme un autiste : il comprend plus vite que les autres, ses phrases s’enchaînent sans cohérence et la difficulté pour le spectateur à suivre (cf première scène qui reprend Reservoir dogs en beaucoup plus rapide) est voulue pour que Zuckerberg fascine/ou énerve. Il y a un parallèle constant entre les étudiants d’Harvard qui ont des relations réelles, sortent, tandis que Zuckerberg reste cloîtré pour penser une nouvelle forme de relation, plus adaptée à ceux qui sont moins à l’aise et qui n’ont pas accès aux clubs sélects. C’est un personnage très vif d’esprit, à la limite de l’autisme : il ne fait pas attention à ce que sa petite amie lui dit –ni à ce que les avocats lui disent-, et dirige la conversation puisqu’il impose son rythme -très élevé- la relation amoureuse est tendue. Contre toute attente, alors qu’on pensait que Zuckerberg allait l’emporter sur elle, sa petite amie le quitte abruptement. Les relations entre personnes comportent quelque chose de spontané, d’imprévisible. Zuckerberg va se remémorer ce moment douloureux pour donner à son projet cette spontanéité dans la relation avec l’autre. Il en tire la leçon suivante, de ne plus se laisser surprendre, ce qui le mène à soumettre ces relations à la rationalité : Zuckerberg simplifie –ou croit simplifier- la relation sur Facebook  en dressant un portrait exhaustif des personnes –leurs goûts, photos- en archivant leur visite sur Internet. Zuckerberg est un génie des relations sociales, car il comprend parfaitement la complexité des relations  sans pouvoir la mettre en pratique lui-même.

     

    En effet si le créateur de Facebook au mal avec les relations, il n’en reste pas moins la personne qui a su révolutionner les relations sociales entre les étudiants d’Harvard (ce qui ne manque pas d'ironie, il faut avouer) cette institution vieille de 300 ans. Zuckerberg révolutionne la vieille institution qu’est Harvard, il pense plus loin qu’Harvard : de fait son appartenance à l’école n’est que très réduite puisqu’il vit uniquement pour son projet. On voit d’ailleurs qu’il ne partage pas le code de l’honneur, du « gentleman » qu’ont les frères Wincklevoss : il n’hésite pas à voler leur idée et il se considère l’inventeur de Facebook à partir du moment où il développe le site. Zuckerberg ne semble pas considérer qu’il a des amis –paradoxal pour le créateur du plus grand réseau social- puisqu’il trahi son ami Eduardo en le dépossédant de ses actions qu’il donne à Sean Parker, un entrepreneur génial qui fascine Mark. Facebook précarise les relations entre les individus, qui deviennent de plus en plus superficielles.

     

    Pourtant à la fin du film, Zuckerberg paie ce qu’il doit aux Wincklevos et à Eduardo, il semble regretter d’avoir laissé son ami pour Sean, sur lequel il a du mal à compter. On ne sait pas s’il tient aux autres ou s’il ne leur accorde pas d’attention : sa phrase à la fin « i don’t hate anybody » laisse planer le doute…

     

     

     

    Facebook, une solution à l'isolement?

     

     

     

    Facebook est une révolution dans le domaine des relations sociales : son succès révolutionne Harvard puisqu’il lui est destiné au départ, il est vu comme une copie des « final clubs » sur le web. Le site connaît tant de succès qu’il s’étend dans les universités du monde entier, puis aux individus. Les fondations de Facebook sont donc bien les relations sociales –tendues- : Zuckerberg se venge de sa petite amie en créant Facemash : il prend sa revanche sur les femmes en les soumettant au jugement public de tout le campus. Tout est question de match, de rivalité dans le film : c’est cette rivalité qui est aux origines de facebook. Elle se retrouve entre Zuckerberg/Parker/Eduardo et les frères Wincklevoss qui sont des gentlemen, et qui incarnent une noblesse déchue de la Nouvelle-Angleterre. Peu à peu, on assiste à la descente aux enfers des Wincklevoss qui voient leur requête auprès du directeur rejetée, qui perdent une course d’aviron symbolisant la défaite de la tradition qui laisse place à la modernité.

     

    Zuckerberg comme Sean Parker représentent un nouveau souffle pour la société : tous deux incarnent cette jeunesse ambitieuse qui se révolte contre l’oligarchie au pouvoir dans les entp, ils cassent les codes de l’entreprise. Ils voient en Internet l’opportunité de prendre leur revanche sur la vie –Parker impopulaire au lycée, Zuckerberg quitté par sa petite amie-, ils voient la possibilité d’un accomplissement en créant leur site. Il y a une volonté de puissance dans Facebook, Zuckerberg joue à Dieu car il est à la tête d’une société qui met en relation les individus, il devient capable de maîtriser les relations humaines entre individus –qui par essence sont immaîtrisables.

     

    Facebook est donc une prison dorée pour des personnes qui sont de plus en plus tracées, chacun de leur geste sur le site donne lieu à une archive. Eduardo et Parker en font les frais, lorsqu’ils se retrouvent respectivement dans le journal et en prison pour avoir commis des impairs –justifiés ou non-. On remarque d’ailleurs que seul Zuckerberg reste à l’abri des problèmes causés par le site, encore une fois il semble au-dessus des autres, il se distingue parce qu’il est hors du commun.

     

     

    The social network est donc l’histoire de la construction de Facebook mais aussi de son inventeur en parallèle, qui va mûrir en faisant grandir son propre projet. Ce qui ne manque pas d'ironie, c'est que c'est la personne qui a le plus de mal à construire des relations avec les autres qui crée le plus grand réseaux d'amis au monde! Comme s'il fallait être extérieur aux autres, ne pas avoir d'amis, pour réussir à entrer en relation avec les autres...
    Facebook va être un moyen pour lui de combler ce manque affectif qui le ronge tant : à la fin du film on le voit aller sur le profil de son ancienne petite amie, afin d’essayer de l’ajouter. Pourtant, si Zuckerberg parvient avec Facebook à figer son profil pour contempler cet amour perdu –ce qui lui serait impossible dans la réalité-, il n’est pas sûr que son ancienne petite amie l’accepte. Mark Zuckerberg, aussi génial soit-il, est donc incapable de combler le manque d’un être cher avec son site, et ne peut par la même occasion être heureux. Facebook est donc l’histoire d’un isolement face auquel même la technologie la plus révolutionnaire ne peut rien faire...

     

     

     

     

     

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16 mai 2012

L'affaire Thomas Crown: un simple jeu?

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Résumé

 

Thomas Crown est un aristocrate qui occupe un poste important dans une banque, et pourtant il organise un casse ingénieux pour le plaisir de l'adrénaline pure. Très tôt la police engage Betty, une employée d'assurance, qui va le séduire pour essayer de récupérer l'argent volé...

 

Thomas Crown, entre maîtrise et risque

 

Thomas Crown incarne par plusieurs points un homme maîtrisé: il met en place un ingénueux stratagème pour éviter de se faire attraper: les hommes qu'il engage ne se connaissent pas les uns des autres, ni ne le connaissent lui. Au début du film il fait passer un entretien à un homme mal à l'aise qui contraste avec l'assurance de Thomas Crown qui est derrière la lumière, c'est une sorte de metteur en scène: le casse n'est qu'un jeu, une pièce de théâtre. C'est pourquoi Thomas Crown montre autant de détachement et d'assurance: il évite les pièges que lui tend la police: il reste imperturbable lorsqu'il se retrouve seul à seul dans une pièce avec un homme du casse, ce qui rappelle le "travail" de Mme de Merteuil  (Les liaisons dangereuses 

 

Thomas Crown est un personnage de l’ombre, qui joue un double jeu : à la fois banquier et casseur, il est gagnant à tous les coups. Thomas Crown maîtrise –ou du moins veut maîtriser- : il ne laisse rien au hasard, son plan de casse est précis à la minute près. Cette volonté de maîtrise l'amène même à défier la mort: il récupère le butin du casse dans un cimetière, et rit de son exploit alors que son homme de main qui l'y aviat déposé semblait terrifié. Thomas Crown se place au dessus du peuple, pourtant lorsqu'une cloche retentit dans le cimetière il semble aussi surpris, voire apeuré: sa confiance n'est peut être qu'une apparence pour se donner une emprise sur le monde.

 

En effet, Thomas Crown devient séduisant en même temps qu’il montre ses faiblesses car un homme qui maîtrise pourrait en réalité être terriblement ennuyeux : en ce sens faire aveu de faiblesse le sauve de la monotonie qu’il cherche à éviter à tout prix par d'autres moyens; en voyageant, et en faisant un casse. L'amour lui permet donc aussi de donner de la vitesse à sa vie.

 

“It’s not the money. It’s me and the system"; Crown fait des casses pour le plaisir même d’en faire, en ce sens c’est un personnage noble suit une certaine éthique de la noblesse. Il ne compte pas ce qu’il dépense, et vit selon des principes d’oisiveté, cultive un goût pour la sociabilité. Il refuse une société où l’argent serait omniprésent, il ne doit être qu’un moyen et non pas un but en soi. C'est pourquoi il est incompris par les policiers qui ne comprennent pas pourquoi il agit comme cela. Il est désinvolte, car tout ne semble qu’un jeu pour lui (partie de golf, il se penche sur son jeu d’échecs après le casse).

 

Le jeu entre Thomas Crown et Betty

 

Thomas Crown et Betty se ressemblent car ils partagent le même goût du jeu et pourtant tout les oppose, car si Thomas Crown travaille à son propre compte Betty dépend de la police, et de la loi. Thomas Crown se joue donc de Betty, la provoque : il lui avoue être le cerveau du casse mais il pense être impossible à être piégé.

 

Pourtant le joueur averti qu'il est va se faire piéger par encore plus joueur que lui: la scène de la partie d’échec est une partie de séduction par le jeu, Thomas Crown va succomber au charme de Betty et va perdre la partie. L'homme qui risque sans presque jamais perdre connaît un échec au jeu de l'amour, il perd un défi. La scène d'échecs relève du libertinage: Thomas Crown est un aristocrate cultivé, la tension sexuelle forte est forte: plans rapprochés sur les lèvres de Betty, ambiguité des formes des pièces d’échecs… Betty dispose d’armes destructrices qui destabilisent Crown, elle le dévoile en le séduisant. Il ne maîtrise plus, et montre pour la première fois un signe de faiblesse, car il perd la partie. Thomas Crown est beau joueur et reconnaît sa défaite « let’s play something else » et ils s’embrassent : l'amour devient un jeu. On retrouve ce thème du jeu et de l'amour plus tard lorsque les deux personnages sont dans un lit, la scène commence quand Thomas Crown dit "je l'ai déjà fait, je peux le refaire". Le spectateur est surpris puis découvre qu'il parle de faire un deuxième casse: ces propos ambigus ne laissent pourtant aucune place à l'amour véritable, puisqu'il est mis au même plan qu'un braquage de banque. L'amour est uniquement une source d'adrénaline.

 

Pourtant Betty va s'éprendre de Thomas Crown, alors que son devoir est de l'arrêter: elle fait face à un dilemme qui lui impose de choisir entre respecter la loi ou la défier en suivant celui qu'elle aime. A contrecoeur elle va le trahir en l'attendant dans le cimetière après le deuxième casse. L'amour libertin qu'ils avaient partagé auparavant s'efface devant une dimension plus religieuse: Betty et Crown ont partagé un dernier repas en toute simplicité, comme Judas elle regrette de l'avoir trahi. Après quelques minutes d'attente un cortège funéraire apparaît ; et semble signaler les prémisses de la « mort » de Crown, qui est toutefois trop intelligent pour se laisser prendre, et a envoyé son majordome à sa place. Ce dernier porte en effet un message de Crown qui propose à Betty la possibilité de se racheter après l’avoir trahi, en le rejoignant avec l’argent ; ou au contraire de garder la voiture. Il lui propose en réalité un choix entre une vie extraordinaire avec lui et une vie seul, comme tout le monde (Crown lui propose la voiture, comme à son homme de main du 1er casse qui incarne un homme avili par l'argent et sans force morale).

 

Le dernier plan est explicite car on voit Thomas Crown dans un avion, au dessus des nuages et Betty qui regarde vers le ciel: on peut deviner qu'elle l'a choisi et renoncé à une vie monotone. Thomas Crown a gagné une nouvelle bataille contre une société monotone, en prenant des risques, par le jeu: et c'est sans doute parce qu'il prend la vie avec légèreté qu'il peut s'élever ainsi... S'il y a quelque chose à retenir de ce film, c'est qu'en prenant la vie avec légèreté, l'existence devient tout de suite plus belle. On pourrait difficilement trouver un conseil plus actuel que cela!

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